Ismael Martin entame sa faena à genoux devant Harangan, sobrero n°42 de Bohorquez, à Madrid, le 3 juin 2026. ©JYB
Ce ne fut pas une corrida comme on en voit tout au long de la San Isidro: les 3 maestros du jour ont fait assaut de gestes et d’engagement pour affronter un lot de toros juste de présentation et de force. Le résultat : des images qui restent dans la tête.
Les vétérinaires avaient décidé de retoquer les toros de Lagunajanda prévus ce jour: il semblerait qu’ils se soient trompés, car le lot de Montalvo recruté en remplacement a manifesté faiblesse (2 renvois au toril) et manque de bravoure aux piques. Même les deux sobreros, (Casa de los Toreros et Bohorquez), meilleurs dans le comportement général n’ont pas permis un tercio de piques de qualité.

Après le renvoi du premier Montalvo, sort un toro de Casa de los Toreros d’une belle noblesse que Garrido va lidier avec inspiration dans une faena classique bien menée conclue par une très belle épée : une oreille indiscutable.

A son second, Garrido, motivé par les gestes de ses deux jeunes compagnons, et qui ne craint pas la competencia malgré ses 11 ans d’alternative, se rend à porta gayola et enchaine sur de belles véroniques au centre de l’arène. A la pique, le toro est protesté pour faiblesse. La faena sera débutée à genoux par des derechazos liés se poursuit par des séries liées sur les deux mains, mais le toro faible va a menos et l’estocade (1/2 épée et 2 descabellos) lui fait perdre tout espoir de grande porte.


Ismaël Martin qui veut absolument se distinguer, va mettre le feu à la plaza malgré le peu d’entrega de son premier adversaire: 2 farols aux barrières, des banderilles spectaculaires, et de bonnes séries en se croisant, les passes étant tirées 1 par 1, certaines très serrées comme en témoigne son costume. L’estocade en sautant, en place mais d’effet lent, déclenchera une pétition minoritaire, mais le torero se contentera de saluer sans entamer de vuelta.


A son second Montalvo, accueilli à porta gayola, le toro marche sur la cape et la lui arrache. Dans les véroniques qui suivent, il est soulevé par la corne et subit une dure voltereta, heureusement sans autre conséquence qu’une taleguilla à recoudre.


Bombon étant renvoyé aux corrales, sort Harmangan, sobrero de Bohorquez, que Martin retourne accueillir a porta gayola, suivie d’une grande série de véroniques.

Suit une faena entamée à genoux par un farol suivi de derechazos, et une bonne suite de séries sur les deux bords, conclue par des bernadinas un peu tremendistes, mais qui portent. L’estocade après pinchazo sera tombée et déclenchera une grosse pétition, refusée mais permettant une vuelta très fêtée.

Samuel Navalon venait lui aussi chercher la reconnaissance du public en attendant la seconde phase de la copa Chenel. Son premier toro est protesté pour falta de trapio puisqu’il ne pèse que 512 kg ce qui pour les intégristes de Madrid est rédhibitoire. En l’occurence ils ne se trompent pas car le toro est faible et sans transmission. Pourtant Navalon s’était distingué par un bon quite au toro précédent.

La suite sera adaptée au toro avec des sorties par le haut et des passes élégantes en se croisant. Mais Las Ventas n’adhère pas et l’estocade trasera et tendida lui vaudra même quelques protestations au salut.

Heureusement, le dernier Montalvo tient sur ses pattes et va permettre une lidia plus intense : accueilli à porta gayola puis 2 largas aux barrières et de belles véroniques, il pousse à la pique avant une faena entamée au centre en naturelles. Navalon, lui aussi se fait prendre sur une série à droite et vole avec un puntazo à la jambe.

Le toro conserve force et fixité pour la suite de la faena, avec de bonnes séries des deux côtés prolongées jusqu’aux 2 avis, et pour conclure, des manoletinas sans l’épée. L’estocade après pinchazo sera excellente, mais ne permettra qu’un salut.

Au total, une excellente tarde, grâce à l’enthousiasme et à l’engagement des 3 toreros. On se réjouira du réveil de Garrido (est-ce pour lui le déclic nécessaire ?) et on reverra avec plaisir Navalon et Martin en espérant qu’ils s’engagent autant que ce jour.
POUR EN SAVOIR PLUS :
Le compte-rendu de Thierry Reboul sur Tertulias.fr
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