Culturaficion avait réuni les aficionados parisiens pour une rencontre avec le maestro Sanchez Vara et son fils Ruben lui-même novillero ce mardi 13 janvier.

Très ouvert, souriant, le maestro a commencé par évoquer ses premiers pas dans le toreo : en 1991, à 11 ans dans son village, puis à l’école taurine de Madrid où il passera novillero en 1996. Mais auparavant, à 14 ans il aura participé pendant 2 ans à un spectacle de toreo comique (dans la partie « sérieuse » bien entendu) : Les « bomberos » ne lui apprennent pas grand-chose, malgré leurs qualités de vrais toreros, sauf tous les défauts qu’un jeune ne devrait jamais acquérir (tabac, alcool et le reste) ; mais à raison de 3 novillos par spectacle, (2 pour le comique et le plus gros pour le sérieux), il acquiert en une centaine de spectacles une belle expérience, à laquelle s’ajoutent les voyages dans toute l’Europe taurine entouré d’adultes.
Il prend l’alternative en 2000 pour les 100 ans des arènes de son village, avec Espla pour parrain et El Fandi et confirme 3 ans plus tard à Madrid avec Domingo Valderrama. En France, au début, peu de contacts avec l’aficion en dehors d’une novillada à Tarascon, puis en 2006 il est sollicité par Vic pour lidier une corrida de Barcial dont aucun matador ne voulait : il coupe une oreille ce qui lui ouvre les portes d’arènes françaises.
Les toreros qui l’inspirent sont Paquirri qu’il n’a pourtant jamais vu et Espla son parrain d’alternative.

Même question à son fils Ruben : sa principale source d’inspiration est son père mais aussi Fandino et Ferrera, sans oublier Morante ! Le maestro est très fier que son fils suive ses traces, puisqu’ils ont toréé ensemble l’an dernier. Les aficionados pourront le voir le 28 février à Valdemorillo.
Q : les difficultés de sa carrière ?
Il a beaucoup toréé dans la Vallée de la Terreur : les toros y sont grands et forts, sans cornes afeitées (ce sont souvent des toros de réserve de Madrid ou Pampelune qui en outre ont fait de longs séjours dans les corrales ou alors des élevages qui ne sortent jamais ailleurs !) et le toreo y est beaucoup plus dur. Beaucoup essaient d’y faire leur trou, mais comme partout, si le résultat n’est pas bon, les portes se ferment. Pour lui, dans sa 2 ème année de novillero, cela s’est bien passé. Même si les règlements sanitaires sont impérativement respectés, le vrai problème est la taille des toros et on ne pense pas à l’infirmerie en allant aux arènes !

Q : La vallée de la Terreur a-t-elle façonné son style ?
Quand on est torero, on ne pense pas à la Vallée de la Terreur : on pense qu’on va dans une arène et qu’on doit y faire les choses bien. Les corridas dures n’apprennent pas à se défendre, mais à gérer sa peur ! De ce fait, contrairement à d’autres quand il s’entraîne, il ne met pas de musique flamenco, mais des musiques « jeunes ».
Il n’a pas choisi les corridas dures mais une fois qu’on est programmé on accepte et on crée son style ou on refuse et on reste à la maison ! Il ne sait pas comment garder la « ilusion » : certains jours on a envie d’arrêter et le lendemain on repart à l’entraînement avec enthousiasme.

Ruben : ne sait pas ce que sera son avenir : s’il faut passer par les corridas dures il le fera mais il prendra les choses comme elles viennent.
Son père reconnait qu’il y a dans le style de son fils des aspects qui lui ressemblent (Ruben aime lui aussi banderiller par exemple), mais c’est parce qu’il le suit depuis sa naissance. Aujourd’hui, il essaie de s’éloigner et ne veut pas devenir son apoderado car il est d’abord torero et continuera jusqu’à ce qu’un signe lui dise qu’il est temps d’arrêter.
Par rapport à lui, Ruben a du courage, une bonne esthétique et banderille très bien.
Sa mère interrogée également distingue des différences entre le père et le fils mais elle aime le style de Ruben.
Q : Comment voit-il le futur de la tauromachie ?
Dès que le politique s’en mêle, cela ne fonctionne plus ! Le toreo est passé dans des moments difficiles, mais le moment actuel est bon (spectateurs, diffusions TV etc.)
Les acteurs du mundillo devraient s’assembler pour promouvoir un modèle économique plus stable et plus performant. Si on compare le toreo à une montagne, tous tirent dans le même sens dans les moments difficiles, mais au sommet, chacun promeut ses copains ou ses intérêts et on s’engage sur la pente descendante…
Q : L’aficion française et l’aficion espagnole ?
L’aficion espagnole est de tradition : elle va aux arènes parce que la famille l’a toujours fait.
En France, il y a plus de culture donc une aficion plus froide, plus exigeante mais aussi plus reconnaissante : parce qu’elle regarde ce que fait le torero devant le toro.
Mais partout il y a des aficionados de première deuxième et 3 ème catégorie. Il y en a même de 5 ème catégorie qui croient qu’on peut tirer 50 naturelles à un Saltillo !
Q : caractéristiques des encastes durs ?
- Dolores Aguirre : c’est un toro qui court beaucoup, mais une fois dans la muleta, le bon toro de Dolores Aguirre n’est pas si difficile.
- Le Prieto de la Cal a tendance à se dégonfler après être sorti vif : c’est un toro de premier tiers.
- Chez Miura, il y a de tout.
- Palha est dans un bon moment.
- Reta est totalement imprévisible : il fait le contraire de ce qu’on pense qu’il va faire.

A ce sujet une anecdote : pendant le Covid, Reta a envoyé à l’abattoir 40 de ses novillos : le maestro a proposé de les tienter avant et plusieurs d’entre eux ont finalement sauvé leur vie en devenant semental. S’il a ensuite lidié une corrida de Reta en solo, c’est une fierté de remettre sur le devant un élevage important.
D’une manière générale, il y a des ganaderias extra dures (Escolar Gil, Prieto,) mais ce qui est important c’est l’émotion qu’elles dégagent : le risque est à fleur de peau et si la muleta parait plus petite, c’est en fait parce que le toro est plus gros !

Q : Perspectives ?
Avec son apoderado, Clément Albiol, qui est aficionado par-dessus tout, il a pour objectif de revenir à 5 corridas en France (2 en 2025). Il regrette que certaines arènes ne le rappellent pas malgré de bons succès les années précédentes.

Après la traditionnelle remise des cadeaux (une photo de votre serviteur qui fit en son temps la une de Toros) et la photo de famille, le maestro a ensuite signé la cape traditionnelle de Culturaficion et les aficionados présents ont chaleureusement exprimé leur satisfaction pour une excellente tarde !



POUR ALLER PLUS LOIN :
Une autre interview du maestro
Merci Jean Yves, ton reportage permet de bien ressentir l’intérêt et la belle ambiance de cette soirée avec Sanchez Vara et son fils Ruben
Encore une fois Bravo Jean-Yves !
Ferdinand
Merci pour cette seconde partie de reportage, cher Jean-Yves.
Je renouvelle mon commentaire d’hier