Ce 4 novembre, Culturaficion recevait Madeleine Idoux, réalisatrice du documentaire A Pulso, auquel participe Aaron Palacio, parmi 13 autres matadors et autant de membres du mundillo, et qui s’était joint à la soirée. A Pulso a été présenté le 7 mai dernier à Las Ventas et a reçu un très bon accueil : ce n’est pas un film sur la corrida à proprement parler, mais sur la philosophie et l’art des acteurs qui ouvre des perspectives passionnantes.
Après la projection du film (45 minutes, que l’on peut voir sur Facebook sous réserve de la limite d’âge), la tertulia avec les deux invités a permis d’éclairer les motivations et les projets de l’auteur et les réactions du torero.

Les questions constamment posées par des amis non aficionados ont fait naître le besoin d’expliquer la tauromachie non sous l’angle de la vie du toro, trop présente dans les controverses actuelles, mais sous celui de la vie du torero : l’homme autant que l’animal. Il s’agit donc d’expliquer comment se sent le torero devant les problèmes de la vie et ceux de l’art qu’il doit créer, donc d’expliquer avant de juger, poser les faits pour se faire une opinion sans a priori.
Le documentaire est construit autour des émotions et des valeurs :
Illusion (mot intraduisible en français) : motivation, envie…
Soledad, solitude
Respect
Sentimiento : capacité à sentir, à exprimer.
Valeur : prix que l’on met derrière l’action.
Lorsque l’on discute avec des membres du mundillo, ces termes ressortent régulièrement. Mais le contenu de ce premier documentaire est en quelque sorte, tout ce qui n’entre pas dans ces 5 valeurs !

Q : Aaron Palacio est questionné sur son apparition dans le film : que voulait-il transmettre ?
Comment faire face à la vie et à la mort. C’est le prisme du torero et la grandeur du toreo. La corrida est le seul spectacle (je n’aime pas ce mot dans ce cadre) qui se termine par la mort (du toro ou du torero). C’est la présence de la mort qui lui donne sa grandeur et son intensité. A cause de cela, le torero a besoin d’une force née d’une réflexion « religieuse », d’une foi et ceci dans le quotidien, pas dans les moments difficiles. C’est un accompagnement indispensable avant la corrida pour passer au-delà de moments mentaux compliqués.
Q : Autre question sur le fait de murir ? la tauromachie accentue la rapidité de cette évolution : le premier élément est que dès le départ, les jeunes apprentis toreros sont en contact avec des adultes qui ont accumulé des années d’ancienneté et d’expérience qui transmettent leur façon de voir la vie. Ils sont donc des exemples pour les jeunes.

Par ailleurs, le toro est un animal jaloux qui te le rappelle tous les jours où tu n’as pas fait le nécessaire. C’est tellement dur de se mettre devant lui, que tu dois et murir et faire tous les efforts possibles. En plus le milieu est très concurrentiel avec des confrères qui ont des années d’expérience devant qui on doit être à la hauteur d’où la nécessité de s’engager au maximum.

Q : Parmi les 5 piliers définis plus haut, lequel pourrait être attribué à Aaron Palacio selon la réalisatrice ?
Sans doute la capacité à exprimer une émotion (sentimiento) parce que c’est théorique, mais cela peut ramener à des moments de vie. Le torero se ferme avant d’entrer dans l’arène et s’ouvre après le paseo. Il essaie d’emmagasiner des moments difficiles pour retransmettre devant le toro : il fait alors les choses avec le cœur.
Q : Même question au matador :
Soledad : la solitude est nécessaire pour se faire comme torero. Et il aime ça, contrairement à d’autres.
Q : Retour ensuite sur sa jeune carrière (alternative aux Vendanges 2025) : à 21 ans il a connu une grande première saison complète : porte de Consuls à Nîmes, confirmation à Madrid, triomphe à Saragosse etc. ?
Bien entendu, les succès dans toutes les grandes férias sont importants mais une corrida comme Marbella où la télévision publique était présente ne peut être négligée. En fait, il faut être là tout le temps et toujours tout donner.
Les toreros se grandissent en hiver car ils réfléchissent et se préparent mentalement : ils repèrent leur marge de progression et sont donc plus sûrs à la première corrida de la prochaine temporada.

Q : Qu’est-ce qui compte le plus pour lui toréer bien pour lui-même ou triompher ?
Cette question est constamment posée aux jeunes toreros, mais les deux modèles ne sont pas opposés : tu peux triompher en toréant pour toi, à l’exemple de Morante qui l’exprime dans ses meilleurs moments, ce qui lui donne l’espoir d’être un jour à la même place.
Q : Le rapport avec la peur ?
La peur est à l’hôtel avant la course. C’est plus un stress qu’une peur. Dans l’arène, le toro est irrationnel, mais paradoxalement, c’est le moment où il a moins peur. Car la peur est liée à la responsabilité. Certes elle est quand même toujours présente, notamment dans le cas où certains toros ont le regard assassin
Q à Madeleine Idoux : Pourquoi le titre de A Pulso, pulso voulant dire à la fois le pouls et porter quelque chose à bout de bras ?
Cela représente bien la philosophie de leur vie de torero : le pouls est le battement de la vocation et leur vie est une constante remise en question. D’ailleurs, malgré ses années d’aficionada, elle a appris en touchant certains aspects de la vie des toreros.
Q : L’avenir du projet ?
Illustrer les 5 piliers précédemment définis. Mais à ce stade c’est une question de financement !

Une excellente soirée d’inauguration de la temporada d’hiver pour Culturaficion, cloturée comme il se doit par la signature de la cape traditionnelle par le jeune maestro !

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