Ce 26 février, Culturaficion recevait Tristan Barroso et son nouveau banderillero de confiance Mathieu Guillon El Monteno. Les deux toreros arrivaient du Salon de l’Agriculture où ils avaient mené une démonstration de toreo de salon qui avait rematé les quelques protestations d’antitaurins.
Mathieu Guillon est entré en 2005 chez Adour Aficion de Richard Milian, avant même la création de l’école. Tristan y entrera lui à 8 ans en 2013, poussé par une envie d’être torero et y développera son admiration pour Mathieu qui faisait partie de ses héros. Il quittera le Sud-Ouest pour Badajoz en 2018 et se retrouvera dans une situation difficile, car les autres élèves de l’Ecole Taurine « rigolaient du Français » ! mais le toro n’a que faire des nationalités qu’il ne connait pas et Tristan toréera 80 novilladas sans picador au cours des années suivantes, tant en Espagne qu’en France.

Il passe en novillada piquée en 2023, à Olivenza, mais cherche quelqu’un qui améliore sa façon de toréer : ce sera Carlos Zuniga, aficionado romantique, qui l’accepte après l’avoir vu tuer 2 toros en privé en décembre 2022. Leur relation est très intime, très personnelle, même si son apoderado ne le suit plus dans ses entraînements, sauf au campo.

Sur ce point de l’entraînement, Mathieu Guillon précise qu’ils s’entraînent ensemble de manière très intense depuis un an, mais avec comme objectif la recherche de la faena parfaite. Pendant ces temps de préparation, ils parlent de tout y compris des « histoires personnelles », mais ce sont tous deux des artistes et chacun a son ressenti et sa vision.
Dans les tientas, le banderillero a un regard extérieur et voit des détails que le matador ne peut pas toujours voir : il lui donne donc des petites indications et aussi des encouragements.
Q : les attentes du maestro vis-à-vis de Mathieu Guillon ?
Il sait ce que c’est de se mettre devant le toro et donc ses conseils sont pertinents, mais je sais ce qu’il veut me dire par un simple échange de regards.

Q : Mathieu Guillon : son parcours ?
Il a pris l’alternative en 2012 et comme la plupart des jeunes toreros a connu le trou dans les cartels : il est donc parti en Amérique du Sud où quelques succès lui ont ouvert les portes en 2016. Sa dernière corrida sera en 2017 avec des toros de Victorino Martin à Mont-de-Marsan. Il y est bien, mais il considère que la tauromachie est un chemin d’excellence : or il est bon mais pas excellent d’où après une réflexion intense le choix de passer banderillero, fonction où il espère atteindre l’excellence.
Tristan Barroso évoque ensuite les deux dernières années de sa carrière en 2024 la confirmation à Madrid où le toro le blesse à l’épaule, un an après une première luxation, ce qui repousse une première fois l’alternative. Il suit une rééducation intense travaillant de 6 heures à minuit tous les jours mais, victime d’une chute au cours d’une tienta, il doit encore déclarer forfait pour l’alternative prévue 5 jours plus tard à Saragosse ! Dans l’émotion il range tous ses trastos et ne veut plus entendre parler de toros pendant un mois. Puis il retourne au campo, se sent bien et Jean-Baptiste Jalabert lui offre l’alternative à Arles en 2025 : ce sera le 19 avril avec Castella et Clemente au cartel et des toros d’El Parralejo.
Mathieu Guillon, qui intègre la cuadrilla à cette occasion juge une semaine avant qu’il était prêt lors de la dernière novillada et il n’est pas du tout inquiet ! 3 jours après l’alternative, deuxième corrida à Saragosse devant des monstres de 650 kg, intoréables, qui verra David Galvan entendre 2 fois les 3 avis. Mais c’est là qu’il pense vraiment que Tristan a ce qu’il faut pour arriver en haut. Son jugement est clair : par comparaison avec les autres toreros, Tristan Barroso est aussi un vrai chef d’entreprise et il fait preuve d’une « grosse maturité« . (Ce dernier point apparait clairement dans les déclarations du matador).
Cette corrida très dure est également marquée par les réactions d’un public en colère qui casse son coche de cuadrilla au point qu’il craint de se faire tuer !

Tristan Barroso retourne à Saragosse pour la Feria del Pilar, avec une petite inquiétude. Il coupe une oreille à son premier, mais échoue à l’épée au second. Mais c’est une après-midi de rêve dans une belle ambiance. Cela lui rappelle une corrida devant des toros de Pallares : il n’avait pas coupé d’oreille, mais se trouvait a gusto et avait ressenti une forte émotion. C’est la règle, le plus important est de profiter, se sentir a gusto : « si je profite, vous, spectateurs, vous profitez aussi ! »
Dans d’autres cas, il avait coupé des oreilles mais sans rien ressentir. Mais la règle veut que pour se trouver des contrats il faut couper des oreilles ! Lorsqu’après une belle faena, lors d’une tarde importante, on pinche, la réaction doit être rapide pour tuer le deuxième toro. C’est un sujet de mental : « Il faut des couilles et à partir de là l’épée rentre » !
Et si la présidence n’accorde pas d’oreille, c’est comme ça ! Le torero sait très bien ce qu’il a mérité. Il faudra simplement être meilleur au toro suivant.

Q : Rôle du banderillero ?
Mathieu Guillon : Après l’épée, le banderillero doit choisir le sens dans lequel il va faire tourner le toro (2 tours seulement suivant le nouveau règlement), pour augmenter l’hémorragie interne et faire tomber le toro.
Mais auparavant il doit s’être considérablement enrichi sur la connaissance du toro, en particulier pour gérer le sorteo.
Il doit aussi posséder une grande capacité d’adaptation pour s’adapter au torero pour lequel il travaille. Dans le cas de Tristan Barroso, il n’est pas trop exigeant mais tient à l’efficacité.
Le passage de matador à banderillero, c’est abandonner ce pour quoi on a lutté toute sa vie, mais il reste les moments où on se sent en phase avec le toro, on peut s’accoupler et mettre une grande paire de banderilles. Mais le rôle principal du banderillero, c’est l’efficacité.
Q : Temporada 2026 ?
La tête est à Madrid où en ouverture de la San Isidro, Tristan Barroso confirmera l’alternative devant des Nuñez del Cuvillo avec Talavante et Juan Ortega. D’autres cartels sont prévus en France notamment Mont-de marsan, avec Perera et De Miranda devant des Zacarias Moreno, au total 5 corridas.

A l’issue de cet entretien passionnant, remise de cadeaux aux 2 toreros et bien entendu, signature de la cape « livre d’or » de Culturaficion.


Pour en savoir plus: un autre interview de Tristan Barroso.
superbe resena d’une belle soirée