Jean-Baptiste Maudet au CTP le 21 janvier 2026. ©JYB
Ce 21 janvier, nous eûmes la chance et le privilège d’accueillir un invité espéré (pas seulement au sens d’attendu) de longue date : le géographe, romancier, universitaire de l’université de Pau et des pays de l’Adour : Jean-Baptiste Maudet pour une conférence ô combien inédite et originale : Tauromachie et Rodeo : Un cousinage transatlantique.
Le compte-rendu ci-dessous (excellent), est de Frédéric Bartholin.

Cousinage mutuellement non désiré, tant par les tenants de la corrida voyant dans le rodeo un divertissement de cul-terreux loin du raffinement séculaire de l’art de Cucharés, que par les aficionados du rodeo souvent horrifiés par l’idée barbare, sanguinaire et décadente de trucider un Toro en public au moyen d’une arme blanche.
Présentation abondamment illustrée et documentée articulée autour de trois parties :
1 Unité et diversité des pratiques tauromachies
2 Diffusion spatiale et différenciation des jeux taurins
3 La Californie taurine : le retour du refoulé
En bon universitaire, Jean-Baptiste Maudet a le souci de la définition de son sujet et de la recherche de ses racines, il faut entendre par pratiques tauromachiques l’ensemble des spectacles où l’on observe des affrontements réels entre humains et bovins avec ou sans l’intermédiaire du cheval. À noter que la tauromachie est le seul spectacle au monde proposant un affrontement d’un homme avec un animal. Quant au rodéo, il vient du terme espagnol « rodear » (entourer) et d’une pratique de vachers (on appréciera le voyage du terme par les Amériques jusqu’à notre dictionnaire, alors qu’il n’était qu’à une chaîne pyrénéenne de chez nous) et englobe un nombre de pratiques tauromachiques fort diverses du Chili au Canada en passant par l’inattendu Brésil, partageant parfois des territoires communs avec la corrida espagnole : rodéo chileno, charreadas, jaripeo, rodéos indiens, noirs, gay (!!), pro bull riding, freestyle bullfighting etc.



L’assistance ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes devant la diversité des spectacles rassemblés sous l’appellation rodeo. Jean-Baptiste Maudet a patiemment recensé les influences croisées des américains sur la tauromachie espagnole (l’américain Mariano Ceballos toréant dans les Tauromachies gravées de Goya à dos de cheval et.. de toro!) et de celle ci sur le rodéo, à commencer par… le peuplement du Nouveau-Monde par des taureaux et des chevaux, espèces inconnues avant 1492 mais aussi au 19e siècle Ponciano Diaz, exemple emblématique des passerelles entre les deux pratiques, s’annonce et s’aligne en corrida et Rodeo.


Et puis ce rodéo accaparé au même titre que le personnage du cow-boy par la culture blanche américaine alors que l’histoire pullule de vachers noirs et indiens, quand les USA récupèrent la tauromachie et le rodeo en même temps qu’un tiers du territoire mexicain de jadis après la guerre de 1846-1848. La tauromachie espagnole et portugaise n’a pas droit de cité aux USA depuis lors. Oui certes, à part tout de même quelques toreros (Sydney Franklin, John Fulton…), des allusions appuyées lors des spectacles de Buffalo Bill et aujourd’hui dans la très latine et très taurine Californie où la communauté portugaise originaire des Açores organise depuis un siècle des « bloodless bullfights » où l’on cloue des Farpas en Velcro sur un tapis collé au dos du toro. Quant au rodéo, il se « tauromachise » de plus en plus avec très peu de chevaux désormais et l’emploi quasi généralisé du taureau.


Dans la partie de questions-réponses à la fin, notre invité se fit encore plus passionnant en évoquant les apports de bétail « brave » dans les élevages actuels des différents rodéos, les destins singuliers de personnages passés par différents types de tauromachie ou encore les subtilités des règles du rodéo ainsi que la carrière d’un écarteur landais dans le rodeo actuel.
Soirée captivante, permettant de digérer la publication des cartels arlesiens quelques heures auparavant
Avec comme à l’accoutumée la dédicace du conférencier :

Quelques œuvres de Jean-Baptiste Maudet (on y rajoutera ses romans!):

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